13/06/2009

Bruno Mantovani crée une œuvre musicale inspirée par la cuisine de Ferran Adrià

 

L'Ircam et l'Orchestre de Paris ont présenté ce jeudi 11 juin à la salle Pleyel de Paris

 

- Le livre des illusions-Hommage à Ferran Adrià pour orchestre-

 

Musique instrumentale d'ensemble de 4 flûtes (aussi 1 flûte piccolo,1 flûte alto), 4 clarinettes (aussi 1 clarinette en mib,1 clarinette basse), 4 trompettes, 3 trombones, 1 tuba, 4 percussionnistes, 14 violons, 12 alti, 10 violoncelles, 8 contrebasses, 1 dispositif électronique non spécifié ), une création de 30 minutes créé par Bruno Mantovani .

 

Bruno Mantovani* utilise l'informatique comme moyen d'orchestration. A partir d'une formation orchestrale défective, où certains instruments sont absents et « remplacés » par l'ordinateur, il crée l'illusion d'un orchestre déployé dans l'espace, entourant le public.

Le compositeur imagine également des équivalences entre les textures de l'orchestration et celles du goût. Ce composé orchestral en 35 mouvements aux titres évocateurs (risotto de pamplemousse, caviar d'escargots, meringues de betterave) rend hommage à Ferran Adrià. Il s'inspire d'un menu du chef espagnol, qui s'articule autour de 35 plats et qu'il utilise chronologiquement, telle une dramaturgie parfaite.

 

 

 

B.Mantovani- victoires de la musique classique

© AFP/Jean-Christophe Verhaegen

« Rapidement, il m'est apparu que mes recherches étaient finalement très similaires à celles de l'immense chef espagnol Ferran Adrià, dont la cuisine joue en permanence sur le conflit entre connu et inconnu, entre référence et invention abstraite, et dont les menus sont "composés » avec un sens de la forme absolument saisissant. Très régulièrement, je tente d'établir des liens entre la musique et les arts de la bouche (gastronomie, œnologie), par l'improvisation au piano sur des vins ou des mets, et par l'écriture (notamment d'un duo pour alto et piano, Quelques effervescences, qui s'inspire de vins pétillants du monde). Les deux univers me semblent intimement liés, dans l'immédiateté de la réception, et dans le parallélisme entre les sensations éprouvées (de nombreux musiciens font appel à des métaphores gustatives pour parler de leur travail : un accord « épicé », une sonorité « grasse », une orchestration « acide »…).

 

Le menu que j'ai eu l'honneur de déguster en 2007 au restaurant "El Bulli" s'articulait autour de 35 plats que j'ai utilisés chronologiquement, tant l'articulation entre le salé et le sucré, les mets marins et terriens, le végétal et l'animal était, en soi, une dramaturgie parfaite. L'illusion était présente dès le premier instant. Ainsi, « l'olive sphérique » qui débutait ce repas jouait sur le contraste entre un objet visuellement identifiable (une olive) et son « interprétation » surprenante (il s'agissait en fait d'une reconstruction visuelle de l'olive, mais qui n'était autre que de l'huile d'olive emprisonnée dans une fine couche gélatineuse verte : aspect et goût étaient en phase, mais la texture, elle, était inouïe). Musicalement, la traduction de ce plat était assez évidente : un impact reprenant l'explosion de cet met en bouche débute la pièce, et une texture plus continue vient évoquer le déploiement de l'huile dans la bouche.

 

Certains plats sont assez unitaires, d'autres contiennent en eux un parcours que j'ai fidèlement reproduit (par exemple la « framboise au wasabi », qui se déguste en trois temps successifs). J'ai aussi mis en relation certains plats entre eux, afin de créer des « retours » qui permettent à la structure musicale de sortir d'une logique de catalogue (par exemple, une fleur de capucine, dégustée avant les desserts, renvoie gustativement, et donc musicalement, à une amande fraîche qui, elle, est présente dans le premier quart du repas). Ce « livre » s'achève sur la texture aérienne d'un papier effervescent au cassis qui conclut de façon suspensive une pièce particulièrement animée, où les masses sonores s'opposent de façon frontale, et viennent occuper tout l'espace de la salle de concert »

 

Liste des plats au menu du restaurant El Bulli de Ferran Adrià, illustrés dans l’œuvre de Bruno Mantovani

 

■Olives sphériques

■Gin Fizz

■Chocolat sans chocolat n° 1 (pistache)

■Snack doré

■Mercedes

■Frites d’ananas lyophilisé

■Chocolat sans chocolat n° 2 (ananas)

■Meringue de betterave au yaourt

■Boule de cacao amer

■Chocolat sans chocolat n° 3 (cassis)

■G.P.

■Galette curry/cacahuètes

■Meringue à la pistache avec espuma de yaourt

■Éponge de sésame

■Dacquoise de pignons

■Framboise au wasabi

■Fleur de horchata

■Amande fraîche et huile d’amande

■Haricot géant à l’ail japonais

■Meringue au Schweppes avec fraises lyophilisées

■Anchois à la fleur de basilic

■Assiette italienne

■Risotto de pamplemousse

■Gnocchi de polenta

■Ravioles de graines de pimientos del Padron

■Couteaux aux algues

■Caviar d’escargots

■Concombres de mer avec cannelloni d’algues

■Anguille à la moelle/fleur de capucine/concombre

■Barbe à papa, glace à la banane

■Mûres à la liqueur de mûre

■Dessert blanc

■Fraises au vinaigre de Jerez

■Sablés mandarine/thé vert/menthe

■Papier effervescent au cassis

 

 
* Intervieuw succulente de Bruno Mantovani http://www.rue89.com/droles-de-gammes/2009/06/11/mantovan...

 

10:53 Publié dans Actualités sensorielles | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer | |  Facebook |

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